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Catéchisme

L'éducation d'un enfant est incomplète sans le catéchisme : « Est-ce qu'on l'élève totalement à l'école ?(...)Même le meilleur des instituteurs ne peut pas apprendre à vos enfants qu'ils ont au ciel un Père qui leur a donné la vie, qui s'occupe d'eux à chaque instant, qui les pousse à devenir meilleurs (…) Bien plus, quand elle enseigne à vos enfants à ne pas mentir et à ne pas voler, l'école n'a pas trouvé ça toute seule. C'est Jésus-Christ qui lui a appris cette morale, et pour la faire comprendre à l'enfant il faut bien l'expliquer par l'histoire de Jésus-Christ qui nous a découvert (révélé) cette morale. Tout cela, avec beaucoup d'autres choses, ne se fait qu'au catéchisme.» (3) Seule l'Église, « la Grande éducatrice » (4), enseigne la morale. Laquelle ne peut s'apprendre « que dans un foyer chrétien et au catéchisme puisque nos écoles du village sont neutres” » (5) - neutres, c'est-à-dire sans enseignement religieux ; on sent une réprobation de l'école laïque.

Cependant, le curé souvent se plaint d'une fréquentation irrégulière des cours de catéchèse. Imputant le peu d'assiduité des enfants au mauvais exemple parental, des parents qui négligent la messe du dimanche et oublient s'être engagés à leur communion solennelle : « Il y en a trop qui ont fait des promesses à la légère et ne les ont pas tenues. » (6) Les parents sont responsables, et leur charge lourde : « Il y va de l'avenir et du bonheur de vos enfants. » (7)

Chrétien

Qu'est-ce qu'un chrétien ? « Un chrétien, c'est celui qui aime le bon Dieu en famille, qui remplit loyalement les devoirs de sa profession, qui rend service à tous les hommes, ses frères, et qui, chaque dimanche, vient offrir à Dieu, avec toute la famille paroissiale, les efforts de la semaine écoulée unis au Grand sacrifice du Christ et qui demande à Notre-Seigneur de bénir la semaine qui commence. Il n'est pas facile d'être un vrai chrétien : cela exige beaucoup de renoncements et d'oubli de soi.» (8)

L'abnégation et les comportements vertueux dans la vie de tous les jours font du chrétien un saint inconnu : « Le saint inconnu, c'est tout bonnement, tout simplement ce père, cette mère de famille tout entiers à leur tâche quotidienne ; ce travailleur consciencieux et honnête qui aime son travail ; ce patron pénétré de justice sociale qui comprend le besoin de ses employés ; ce fonctionnaire qui s'efforce d'être le bon “serviteur” - souriant et assidu - de son “patron” l'État ou la commune et de la multitude de leurs “clients”... nous tous qui avons besoin des services publics ; ces garçons et ces filles sérieux, serviables, travailleurs qui ne rêvent pas exclusivement cinéma et amusettes... Etc... En un mot, tous ceux qui remplissent avec conscience et fidélité leur devoir d'état. » (9) Bref, le bon chrétien remplit bien son rôle social à la place qu'il occupe.

Il respecte ses engagements de communiant, pour ne pas faire de son existence « un mensonge continuel » (10).

On le reconnaît à ses lectures, car « un catholique, s'il est logique, lit un journal catholique : La Croix ou Le Dimanche du Nord (…), Le Pèlerin... » (11).

Il préférera scolariser ses enfants dans une institution privée, comprenant que « l'éducation doit être conforme aux convictions de la famille : à famille chrétienne, école chrétienne » (12).

Culte des morts

L'hommage aux disparus, proches ou victimes de guerre, est un moment essentiel de recueillement privé ou de mémoire collective : « Les fêtes de la Toussaint et des morts ont prouvé combien était grand le culte des défunts dans notre paroisse. (…) Nos aînés de la Grande Guerre et nos frères de 39-44 n'ont pas été oubliés. (…) Combien émouvant cet appel des morts de notre village ! Combien triste hélas ! l'absence des fils et petits-fils de nos héros qui semblent ne plus se souvenir ! - un jour chômé voilà tout. Si la gloire de l'Armistice revient à nos morts et aux Anciens combattants, la prière et la reconnaissance sont pour nous une dette sacrée. » (13) On notera le reproche aux enfants oublieux des cérémonies.

 

Denier du culte

Le denier du culte a été institué par l'Église après la loi de Séparation des Églises et de l'État de 1905, laquelle abroge le Concordat conclu en 1801 entre Bonaparte et la Papauté dont une clause prévoyait la rémunération des évêques et des curés par l'État. Désormais, « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte » (14) ; et les desservants devront aux paroissiens leurs moyens de subsistance.

Un célébrant écrit : « Le denier du culte est pour tout fidèle, non une aumône facultative, mais une dette sacrée, un impérieux devoir, en réparation du vol commis par l'État en 1905. (…) Depuis 1905, l' Église dénuée de ressources doit recourir à cet impôt volontaire » (15) ; il y a de la colère dans cette réclamation. D'autres demandes seront plus apaisées, et explicatives : « Vos prêtres n'ont pas le temps de travailler de leurs mains pour vivre. Le service spirituel qu'ils rendent à la communauté paroissiale absorbe trop leurs journées pour qu'il leur soit possible de “gagner leur vie” suivant le mode normal - travail et salaire. Ils sont obligés de faire appel à la charité compréhensive de leurs ouailles et à leur sens de la justice. » (16)  Mais, quelle que soit la formulation, le discours est toujours exigeant et pressant : « Ne l'oubliez-pas, vous manqueriez à votre devoir. » (17) Le denier du culte est un dû, comme autrefois la dîme (18) ; à cette différence qu'il n'est plus contraint mais affaire de morale : on donne en conscience.

 

Église provisoire

L'église paroissiale ayant été détruite par les bombardements de mai-juin 1940, un bâtiment temporaire en bois la remplace que bénira le cardinal Liénart le 9 février 1947 : « Nous avons maintenant notre nouvelle église (…). Elle est encore provisoire, mais il y a du provisoire qui dure longtemps, en France surtout... c'est pour cela qu'on l'a voulu belle et solide » (19) ; on la dit en effet « la plus belle église provisoire de la région » (20).

Une cloche y sera installée l'année suivante, baptisée Renée, « puisqu'elle renaît de ses ruines » (21). Le curé en attend un regain de ferveur religieuse : « Elle vous aidera à faire revivre votre paroisse et, je l'espère, elle réveillera ceux qui dorment et fera renaître ceux dont la vie divine est momentanément détruite. » (22)

En 1955, il se réjouit du projet d'une nouvelle construction : « Tout semble indiquer que nous verrons bientôt s'élever, sur les anciennes fondations, une église moderne, toute jeune, qui redonnera une âme à votre cher village. » (23) Et croit en 1956 en une ouverture rapide du chantier : « Nous espérons, grâce à la bonne volonté des architectes et aux crédits de l'État, voir dans le cours de l'année s'élever au milieu du cimetière une église jeune, moderne, belle, qui rendra une âme à notre village encore si désolé. » (24) Mais c'est seulement quatre ans plus tard que commenceront les travaux, et la nouvelle église Saint-Pierre sera inaugurée le 1er juillet 1962.

 

Guerre

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le curé écrit des lettres ouvertes aux mobilisés de la commune. La première les informe du soutien matériel et moral qu'ils recevront des villageois : « On s'occupe de vous dans une complète union d'esprit et de cœur. Un comité d'entraide (…) a été constitué. Il comprend la Municipalité, la Société des Anciens combattants, le Syndicat agricole, les sociétés des Jardins ouvriers, la Fédération nationale catholique, la Ligue patriotique d'action catholique féminine, la Jeunesse agricole catholique, l'Association catholique des jeunes filles. (…) Une quête fructueuse a été faite à la messe du 11 novembre. Des dames et jeunes filles de bonne volonté tricotent des chaussettes. Avec ces différents apports, il a été décidé d'envoyer un colis avec vêtements chauds (25) et objets d'alimentation ou un colis composé d'une partie de ces choses et une partie de livres (26) ou bien un mandat de 25 francs représentant la valeur du colis. Cet envoi sera fait à chaque soldat mobilisé, sans distinction de classe ni d'opinion.(...) Vous participez à une guerre juste et noble. Vous défendez la patrie et la civilisation chrétienne. » (27)

Quand le conflit se prolonge, c'est de Dieu que le prêtre espère l'arrêt des hostilités : « Nous nous plaignons de la longueur de la guerre, d'un nouvel hiver de guerre en perspective et de tant de sujets de tristesse. Est-ce que nous prions pour obtenir la fin de ces maux ? » (28)

Puis, faisant référence au Nouveau Testament, il demandera d'accepter les privations, le malheur comme un bienfait expiatoire, un sacrifice nécessaire : « L'année qui vient peut être dure... Elle n'en sera pas moins, si nous le voulons, une bonne année. Pour un chrétien, ces deux mots ne s'opposent pas. C'est la pure doctrine de l'Évangile. La vie la meilleure, la plus utile, la plus féconde n'est pas celle qui se passe douillettement dans le confort, loin des épreuves. Au contraire. (…) Vous vous rappelez les paroles si claires du Christ dans le Sermon sur la montagne, les pages les plus en relief de son enseignement, la “Charte du chrétien” si l'on peut dire : Bienheureux ceux qui souffrent, ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent... (…). Et puis quel bénéfice ! Les souffrances de ce monde ne sont rien en comparaison de la gloire magnifique qu'elles nous vaudront. Ces vérités sont élémentaires, mais parfois un peu oubliées. Nous nous étions tellement habitués à éviter tout gêne, toute difficulté. (…) Le bon Dieu nous rappelle un peu durement ces vérités. Mais loin de s'en irriter, les âmes nobles comprennent ce langage. (…) Elles offrent ces épreuves pour elles-mêmes, pour le pays, pour la paix du monde, pour le salut des âmes. » (29)   

Dans un bulletin paroissial de 1950, six mois après le début de la guerre de Corée (30), on lit : « Plus que jamais, nous avons besoin du Christ. Il est le seul Sauveur qui puisse donner au monde la paix. » (31) 

Enfin, le discours ecclésiastique évoquera un troisième conflit : la guerre d'Algérie (32) et l'envoi des appelés du contingent : « Nous n'oublions pas (…) ceux qui accomplissent leur service actif en terre d'Afrique. » (33) En 1959, sur seize Téteghémois sous les drapeaux, douze sont en Algérie (34).

Gérald Mennesson

 

 

1- L'Écho paroissial ; puis Les brochures paroissiales, après mai 1940 ; ensuite Téteghem revit, d'octobre 1945 à avril 1950 ; enfin Semence, de mai 1950 à décembre 1959. Voir à ce sujet deux précédents articles : Bulletin paroissial années 30 - années 40 et Une fusion avant la fusion.

2- Victor Jonckheere (mai 1925 - mai 1945), Sylvain Mélis (mai 1945 - février 1949), Frantz Declerck (février 1949 - mars 1952), Paul Demarey (mars 1952 - juin 1952), Gaston Bornais (1952 - 1959), Roger Bogaert (1959 - 1964).

3- Téteghem revit, n°1, octobre 1945.

4- Idem, n°21, juillet 1947.

5- Idem, n°23, septembre 1947.

6- Idem, n°11, août 1946.

7- Semence, octobre 1950.

8- Idem, mai 1951.

9- Téteghem revit, n°13, novembre 1946.

10- Idem, n°31, mai 1948.

11- Idem, n°39, février 1949.

12- Idem, n°36, novembre 1948.

13- Semence, décembre 1952.

14- Loi de Séparation du 9 décembre 1905, art. 2.

15- Téteghem revit, n°18, avril 1947.

16- Semence, mai 1952.

17- Idem, mars 1955.

18- Avant la Révolution, la dîme était un prélèvement obligatoire sur les productions agricoles au profit du clergé.

19- Téteghem revit, n°16, février 1947.

20- Idem, n°17, mars 1947.

21- Idem, n° 28, février 1948.

22- Ibidem.

23- Semence, mai 1955.

24- Idem, février 1956.

25- Chaussettes, gants, passe-montagnes, mitaines, genouillères.

26- Des romans populaires.

27- L'Écho paroissial, décembre 1939.

28- Les brochures paroissiales, automne 1942.

29- Idem, janvier 1943.

30- 25 juin 1950-27 juillet 1953.

31- Semence, décembre 1950.

32- 1er novembre 1954-18 mars 1962 accords d'Évian.

33- Semence, février 1956.

34- Idem, décembre 1959.